J'avais entendu parler de Ron L'Infirmier mais je n'avais jamais parcouru son blog. Et en voyant ce bouquin posé sur une pile à la fnac, avec la jolie infirmière un peu sévère de la couverture et son titre énigmatique ("La Chambre dAlbert Camus et autres nouvelles"), je me suis dit que ce livre me plairait. Une intuition. Je savais que ça parlait d'histoires d'infirmiers mais je savais que c'était bien plus que ça.
J'aime à croire qu'Internet et les blogs permettent de mettre en avant de nouveaux talents, des auteurs qui se découvrent sur le net, des talents qui émergent grâce à des moyens autres que les moyens traditionnels dans le monde vieillissant du livre. Et pour tout dire, ce sont des auteurs qui m'emmerdent beaucoup moins que les écrivains classiques et les intellos-bobos d'aujourd'hui.
Le mode d'écriture est différent. Écrire sur un blog permet, en apparence du moins, de dire ce qu'on veut, et sans approbation d'un comité de lecture à la con qui vous dira si oui ou non vos écrits peuvent être publiés. Quelque soit le format, tout est publiable sur un blog, du médiocre à l'excellent. Cette liberté apporte un vent frais sur le monde de l'écriture, et de nos jours il arrive bien souvent que les meilleurs blogueurs publient leurs écrits dans un livre. Comme Ron.
Dans le cas de Ron L'Infirmier, l'écriture est simple, claire, parfois littéraire, parfois légère, mais on sent l'écriture "blog". Entre l'essai littéraire et le langage parlé. Du coup le livre de Ron est facile à lire. Je l'ai dévoré en deux heures.

Et pourtant comme tous les livres que j'aime, je fais durer le plaisir, je lis lentement, je relis certaines phrases, je ferme le bouquin, le ré-ouvre, et me dit que "je garde les autres nouvelles pour un autre jour". J'essaie de savourer. Mais telles des friandises, on n'arrive pas à s'arrêter et on dévore toute les nouvelles jusqu'à la crise de foie... ou la fin du paquet. Pas de crise de foie pour moi, mais un sentiment de tristesse. Déjà fini. J'en voulais plus. Y'a pas un deuxième tome ?
Un peu comme un sentiment de frustration, et on regrette de l'avoir lu si vite, de ne pas avoir savouré toutes les phrases, tous les mots de cet excellent bouquin afin de le faire durer.
Après l'avoir refermé, j'ai relu le 4ème de couverture, j'ai souri, et j'ai soigneusement rangé le livre parmi mes autres livres favoris (très peu en fait, une petite dizaine pour le moment), en sachant que j'aurais un malin plaisir à relire ces nouvelles dans quelques mois.

Le livre de Ron c'est un concentré de ce que la nature humaine fait de mieux... et de pire aussi. Un mélange de sentiments et d'émotions variées, nous faisant passer en quelques lignes du rire aux larmes, de la pitié à la résignation, de la joie au dégoût, de l'admiration à la haine. On s'étonne devant certaines situations, on se dit que non, ce n'est pas possible. Et pourtant ça l'est. On rit en lisant les touches d'humour et de fraîcheur que l'infirmier apporte à ses patients. C'est émouvant, et c'est parfois les larmes aux yeux qu'on lit la fin d'une nouvelle. La mort d'un patient, la solitude de certaines personnes, mais aussi le manque d'humanité de certains protagonistes du livre ne peuvent nous laisser insensibles. On se dit que merde le monde est injuste que c'est un bien beau boulot que font ces infirmiers. Ce livre leur rend hommage et met en avant les rapports privilégiés qu'ils ont avec leurs patients. Une aventure humaine incroyable que vit chaque infirmier(e), pour ceux qui croient à leur métier et le font avec plaisir. Pas pour les autres.
Ron L'Infirmier
Mais les histoires parfois incroyables de Ron, c'est souvent touchant et drôle, et c'est le sourire aux lèvres que j'ai parcouru ce livre. Même dans les moments graves, Ron a su trouver le mots justes pour dédramatiser une situation. Mieux que n'importe quelle série télé sur le milieu médical, ce bouquin montre toute la complexité de ce métier au niveau humain/relationnel. Dans mon cas je n'aurais jamais réussi à faire ce métier, je me serais laissé bouffé par les émotions en à peine un mois, j'aurais été dépassé par tout ça, je n'aurais pas pu gérer de telles situations et faire preuve de l'empathie nécessaire. Je salue donc le courage de ces infirmier(e)s qui, comme Ron, sont bien souvent les seuls rayons de soleil dans la vie de patients âgés délaissés. Le livre met bien souvent en avant certaines problématiques propres au milieu médical ou à la société elle-même, et ça fait du mal de lire ça.
Et puis en lisant le livre, on ne peut pas s'empêcher de penser à ses proches, à ses grands-parents, à ses parents, à soi-même. Et ce n'est pas forcément rassurant. Et on se dit qu'on aimerait bien avoir un Ron à nos côté dans les derniers moments de notre vie.

"La Chambre d'Albert Camus et autres nouvelles", un livre frais, original, émouvant, drôle (mais parfois triste et glauque) que je ne peux que vous conseiller. Une bonne petite tranche de vie à croquer.

Pour moi un bon bouquin c'est un bouquin qui nous fait passer par tout un panel d'émotions, qui peut nous faire rire et pleurer à la même page. La dernière fois c'était avec "Maintenant qu'il fait toujours nuit sur toi" de Mathias Malzieu, et maintenant c'est avec ce livre de Ron. Un petit bijou.
Ron a un réel talent pour l'écriture, et j'espère qu'il publiera d'autres livres. Et comme je fais tout à l'envers, ce n'est que maintenant que je découvre et lis son blog.

Maintenant il ne me reste plus qu'à trouver un autre livre tout aussi passionnant pour combler le manque. Des suggestions ?